Il y a une confusion volontairement entretenue dans l’écosystème business actuel. Une confusion confortable, rentable, et dangereuse. On a réussi à faire croire que le marketing se résumait à des campagnes publicitaires, des dashboards, des CPM, des tunnels de conversion et des optimisations hebdomadaires. Comme si cliquer sur “lancer une campagne” suffisait à comprendre un marché. Comme si acheter de l’attention équivalait à créer de la valeur.
Le marketing existait bien avant Google Ads, Meta, TikTok ou LinkedIn. Il existait avant les pixels, avant les funnels, avant les “growth hacks”. Et il continuera d’exister après eux. Parce que le marketing n’est pas un outil. C’est un système. Un système qui commence bien avant la publicité et qui, dans les entreprises sérieuses, ne dépend jamais d’elle pour survivre.
La publicité n’a jamais créé un bon produit. Elle n’a jamais réparé une mauvaise proposition de valeur. Elle n’a jamais transformé une marque inexistante en marque crédible sur le long terme. Elle ne fait qu’amplifier ce qui existe déjà. Quand ça marche, on applaudit les ads. Quand ça échoue, on augmente le budget. Rarement on remet en question l’essentiel.
Si ton business s’effondre dès que tu coupes les campagnes, ce n’est pas un problème de budget. C’est un problème de marketing. Un vrai. Parce qu’un business construit uniquement sur l’achat d’attention n’a ni fondation, ni mémoire, ni loyauté. Il vit sous perfusion. Et comme toute perfusion, elle coûte de plus en plus cher avec le temps.
Les faits sont simples. Les marques les plus solides du monde ne sont pas celles qui crient le plus fort, mais celles qui sont comprises le plus vite. Apple ne vend pas des téléphones, elle vend une vision de la simplicité et du statut. Patagonia ne vend pas des vestes, elle vend une posture morale cohérente depuis des décennies. IKEA ne vend pas des meubles, elle vend une promesse d’accessibilité intelligente. La publicité n’est que la partie visible d’un travail invisible, long, souvent ingrat, mais structurant.
Ce que beaucoup appellent aujourd’hui “marketing” n’est en réalité qu’une compétence technique : acheter du trafic et tenter de le convertir. Ce n’est ni honteux ni inutile, mais ce n’est pas du marketing. C’est de la distribution payante. Le marketing commence quand personne ne regarde encore tes publicités. Il commence quand tu observes des comportements réels, quand tu comprends pourquoi les gens choisissent une alternative plutôt qu’une autre, quand tu travailles ton positionnement au point de pouvoir être reconnu sans logo.
Il faut le dire clairement : si autant de “marketers” défendent l’idée que le marketing se limite aux ads, ce n’est pas par ignorance totale. C’est souvent par confort. Les ads rassurent parce qu’elles sont mesurables. Le branding dérange parce qu’il est lent. La stratégie fatigue parce qu’elle oblige à penser. Cliquer est plus simple que comprendre. Optimiser un coût est plus facile que construire du sens.
Le vrai marketing ne promet pas des résultats instantanés. Il promet de la cohérence. Et la cohérence, sur un marché saturé, est devenue l’avantage compétitif le plus rare. Quand tout le monde utilise les mêmes plateformes, les mêmes formats, les mêmes accroches, les mêmes “offres irrésistibles”, ce n’est plus la publicité qui différencie. C’est ce qu’il y a derrière.
Un bon produit mal promu peut survivre. Un mauvais produit sur-promu finit toujours par s’effondrer. Les chiffres le confirment, les cycles de marques le prouvent, et les consommateurs l’ont déjà intégré. La confiance ne s’achète pas à coup de campagnes. Elle se construit par répétition, par expérience, par alignement entre ce qui est dit et ce qui est vécu.
Le marketing, le vrai, est inconfortable. Il oblige à faire des choix. À renoncer à certains clients pour être clair pour les bons. À accepter que tout ne soit pas traçable immédiatement. À comprendre que la notoriété précède la conversion, et que la mémoire de marque vaut parfois plus qu’un clic.
Alors non, le marketing n’est pas mort. Il a juste été simplifié à l’extrême pour être vendu plus facilement. Et tant qu’on continuera à confondre outils et vision, on produira des experts dépendants de plateformes, pas des bâtisseurs de marques durables.
Vous ne faites peut-être pas du marketing. Et ce n’est pas grave. Mais arrêtons de l’appeler ainsi. Ce que vous achetez, aujourd’hui, c’est de l’attention. Le marketing, lui, commence quand vous n’avez plus besoin de la payer.
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